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Le soin de le cacher découvre ce qu'il cache,

Et son silence dit tout ce qu'il craint qu'on sache.

(P. Corneille)

 
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Écrit par Webmaster   
06-01-2016

Nouvelles de décembre 2015 - Rendez-vous de janvier 2016

Notre nouvel épisode :

Une fois n'est pas coutume

Résumé des épisodes précédents :

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une chronique mensuelle mais une fiction qui viendra entamer cette nouvelle année. À lire avec l’accent ou à entendre lors d’une de nos représentations car Lucile et moi avons résolu d’intégrer cette nouvelle à notre spectacle « La corde sensible »...



Le secret de Houat

C’était l’heure de l’apéro chez « Ty Gwen », les deux bolées de cidre et le Ricard étaient posés sur la table. Le Ricard, c’était pour le vieux. Il disait « anisette », le vieux, et il y avait comme un air de défi dans la façon dont il levait son verre face aux bolées de cidre. C’était l’heure de l’apéro et la terrasse était joyeuse, c’était une heure suspendue, au mitan du jour, dans la quiétude de l’été, l’heure des plaisanteries entre hommes, des confidences, des fanfaronnades... Le petit vieux trépignait d’une joie gamine, il avait reposé son verre et ses vieilles mains s’agitaient. Les autres l’écoutaient en souriant, il y avait, entre ces trois-là, au-dessus de la table, comme une invisible colonne de tendresse dans laquelle les vieilles mains sculptaient de mystérieuses volutes.

« Dur ! C’était dur, vous savez... Purée que c’était dur, pour nous, à l’époque... Faut dire que ici, vous savez, ici... À l’époque, c’était très arriéré... Alors déjà que, pour nous, c’était pas facile, tout ça... Alors ici, vous pensez ! Enfin... Il a bien fallu qu’on s’y fasse... Mais vous savez les gens, dans ces moments-là, ils vous regardent... À croire qu’on descendait de la planète Mars, ou qu’on était des parisiens... Ou des américains... Enfin pas des américains-américains, plutôt des indiens d’Amérique... Tiens, oui, c’est ça qu’on était, à l’époque : des indiens d’Amérique, des peaux-rouges ! Des peaux-rouges, pieds-noirs, c’est ça qu’on était, nous autres... Et cet accent ! Purée ! Cet accent ! Que tu ouvres le bec, ça sent la merguez... Ti as beau faire des efforts, on dirait que ton oreille, elle est sculptée une fois pour toute et qu’elle changera jamais, qu’elle continuera à confondre les « o », les « on », les « en », les « an », les « in », les « un », les « i », les « u »... Purée que c’est compliqué à causer correct, comme langue, le français de France ! Ti as beau faire...

Et encore, nous autres, on avait la chance : y avait l’église ! Faut dire, ici, à l’époque, c’était très arriéré, alors l’église tu penses... Culs-bénis, ils étaient. Tous ! Tous plus culs-bénis les uns que les autres... Mais plus culs-bénis que nous autres, les Maltais ! Même ici ! Même à l’époque, ti as beau chercher tu trouves pas... Parce qu’attention, nous autres, c’est Saint Paul qui nous a évangélisé, l’Apôtre Saint Paul, lui-même, après son naufrage. Du temps du seigneur Jésus. Que ici à l’époque, ils en étaient encore aux menhirs, à l’époque. Alors nous autres, tu parles qu’on était champions. Toujours premiers à l’église, une demi-heure avant tout le monde, avec la mémé qui nous avait pomponnés, savonnés, costumés... Et qui continuait à nous surveiller... Tonton Paulo et moi, on était médailles d’or à l’église. Et ça, on dira ce qu’on voudra mais, à l’époque, c’était quelque chose...

Et puis j’étais joli garçon, aujourd’hui on s’en fout, mais à l’époque ça se voyait, aujourd’hui aussi ça se voit encore, sur les photos. C’est en noir et blanc mais ça se voit encore. C’est comme une grâce que le bon Dieu vous donne en plus, vous l’avez pas méritée mais les gens, ils vous regardent avec le sourire dans l’œil. Ça n’a l’air de rien mais c’est important pour un gamin. Parce qu’à l’époque, j’avais quoi ? seize, dix-sept... Après les évènements, tout ça... J’en avais vraiment besoin, de ça... de la bienveillance des gens... Et puis alors, les filles ! Les filles ! Bah bah bah !... Je vous dis pas. D’ailleurs, y a rien à dire, parce qu’à l’époque, les filles... surtout les filles d’ici... Parce que, faut dire, ici, à l’époque, c’était très, très arriéré... Et avec la mémé qui n’était pas trop en avance, non plus... Enfin tout ça pour dire... Que pour nous, c’était dur... C’était dur... ».

Et le vieux poursuivait ses joyeuses jérémiades et les deux gaillards, derrière leur bolée de cidre, plissaient les yeux de bonheur, ils s’en régalaient, de ces mots, de cet accent qui leur avait enchanté l’enfance, pourri l’adolescence... Et qu’ils retrouvaient inchangés, à l’heure de l’apéro, chez eux, chez Ty Gwen, à deux pas de leur maison où ils allaient bientôt partager le couscous aux coquilles St Jacques...

« Et dire qu’on voulait partir, nous autres... A cause du téléphone. On était presque les premiers à l’avoir. Le pépé, il s’était saigné pour ça, pour le téléphone... Et que tous les deux jours, Tatie Colette, elle nous parlait de Perpignan. Et Perpignan par ci, et Perpignan par là, et la plage de Perpignan et le soleil de Perpignan et le fils Sauveur qu’elle avait rencontré sur le marché de Perpignan. Nous, ici, on ne rencontrait jamais personne, de là-bas... Perpignan nous manquait, on n’y était jamais allé, mais Perpignan nous manquait... Même les arabes, ils nous manquaient... Alors, on a failli partir, ça s’est joué à pas grand’chose... Pas grand’chose... Et c’est à cause de moi... De moi... Purée...»

Le vieux étouffait des petits rires, comme un collégien pris en faute, ses deux garçons l’observaient, surpris. Il se fit un silence. Ce n’était pas une ruse de cabotin pour appâter l’auditoire, le vieux semblait désorienté, hésitant, cherchant ses mots : « Après tout... On est entre hommes... Si longtemps... Après tout... Toutes ces années... Mais il ne faudra en parler à personne... Surtout pas à votre mère !... Même maintenant... Que c’est un secret qu’il est plus vieux que vous... Ça se respecte, ça... Que la Ninette, si elle savait... Si elle savait que vous savez... »

Le vieux commanda d’autorité trois anisettes qu’ils burent en silence, ce fut une étrange communion, à l’anis, entre un vieux père et ses deux vieux enfants. Il reprit alors son récit d’une voix étale, comme venue du plus profond de son être : « C’était un été, comme aujourd’hui, mais en tellement plus doux, on était une quinzaine et on avait grappillé une journée de vacances, on s’était répartis sur les bateaux, il y en avait huit, de tout : des Muscadets, des caravelles, une vieille prame... La Ninette et son frère, ils avaient un Mousquetaire, magnifique, pas très grand mais surtoilé. Son frère, tonton Yvon, il était à l’armée, à l’époque, alors c’est moi qu’elle a embarqué. Ça s’est trouvé comme ça. Il y avait le souci d’équilibrer les équipages, Ninette, elle avait une bonne réputation de navigatrice et le Mousquetaire était rapide, alors, en lui collant un américain-peau-rouge-pied-noir dans les pattes, les autres ils pensaient que ça la ralentirait un peu. Ils étaient comme ça, à l’époque, les Bretons, prétentieux, sur l’eau ils ne craignaient personne, sauf, peut-être, les Anglais... Moi, ils pouvaient pas savoir, mais, la Méditerranée, c’est une garce, elle est douce, elle est belle, elle te berce... Un coup de Mistral ou de Chloc et elle t’assomme, alors forcément, ou tu te noies ou tu apprends, j’étais pas vieux mais, là-bas, j’avais passé mon enfance sur les bateaux, avec les autres petits maltais et les grecs qui pêchaient les éponges... Si je la connaissais la Méditerranée ! Et ce jour-là, justement, c’était quasiment pétole : l’océan, il se prenait pour la Méditerranée. Et ceux-là qui me mettent avec la meilleure barreuse de l’équipe dans un bateau que son frère, il l’avait affuté comme une lame de couteau ! On était encore dans le port, à peine il y avait un petit vent de terre et voilà que le Mousquetaire, la voile bien bordée, il s’appuie gentiment sur son bouchain et il remonte un long bord de près. Je me rappelle Jean-Yves Le Guellec, le pauvre, qu’on l’appelait « Mac Cormick » tellement il était costaud comme un tracteur, il godillait comme un perdu au cul de son bateau, et que nous on le passe tranquilles, Ninette à la barre et moi au rappel. On a attrapé la risée bien avant les autres, on les a vus devenir tout petits, loin derrière et on s’est retrouvé, Ninette et moi, avec que du bleu autour de nous, comme au premier matin d’avant le péché, plus purs qu’Adam et Ève.

On s’est laissés dériver, on n’a pas vraiment pris la décision mais on voulait pas des autres derrière nous, le rendez-vous c’était à Hoedic, mais avec l’avance qu’on avait, on s’est dit qu’on pourrait passer d’abord à Houat, que personne il en saurait rien ! J’ai choqué la grand-voile et Ninette a mis le cap plus au nord. On est arrivés très vite et j’ai amarré le Mousquetaire à la bitte du bout de la jetée. On est partis se balader dans l’intérieur de l’île. Combien de temps ça a duré ? Va savoir... On s’est parlé passionnément. On avait besoin de tout se raconter, moi surtout... Toute cette violence de là-bas, la peur... On se tenait la main... Bien sûr, il y avait des caresses aussi, et des baisers, mais pas tant que ça... C’était comme une ponctuation après chaque phrase, comme pour se dire les mots de plus près, se les glisser sous la peau... Quand on est revenus dans le petit port on était tout étourdis de joie.

Et là, c’était l’horreur ! Notre bateau suspendu au bout de la jetée comme à un croc de boucherie. La mer plus loin et le bateau que j’avais amarré trop serré, que j’avais attaché comme là-bas, en Méditerranée, sans m’occuper de la marée ! On s’est précipités, son pauvre ventre qui frottait contre la pierre de la jetée ! On a trouvé des pare-battages en pneus qu’on a glissés pour le protéger. On a noué des élingues à tous les taquets pour répartir le poids et soulager le chaumard. Notre Mousquetaire, dressé à la verticale, semblait écartelé contre le mur. Il n’y avait plus rien à faire qu’à attendre la renverse. Alors seulement on s’est laissés déborder par le désespoir : les copains qui rentreraient sans nous, l’inquiétude des parents, la honte... Hachma ! « Je suis déshonorée » qu’elle se lamentait, la Ninette, « Ils voudront pas nous croire, déshonorée... ». J’essayai de la calmer : « Je leur expliquerai, je leur dirai que c’est ma faute, que j’ai amarré trop court, que je n’ai plus pensé... - Ils ne te croiront pas ! - On leur montrera les entailles du mur sur la coque... ». Sèchement, elle s’était redressée : « Sûrement pas ! Ça jamais ! Ça c’est un secret ! Ça ne sort pas de l’île ! Tant pis, je leur dirai que j’ai perdu mon berlingot ! Je ne veux pas qu’on puisse dire que mon homme, il ne sait pas ce que c’est que la marée. » Elle avait dit « mon homme » en parlant de moi. Ça lui avait échappé, elle en était stupéfaite et moi j’étais ravi, honteux et ravi. Si on n’avait pas été autant dans la merde, tous les deux, peut-être que je l’aurais embrassée ! Au lieu de quoi on n’a plus desserré les dents. La mer, enfin, est revenue. On est rentrés. La nuit était tombée mais ils étaient tous là, à nous attendre sur le quai. Que c’était plus de l’inquiétude, c’était de la colère. Le scandale à l’époque : une jeune fille et un garçon tout seuls à Houat, si longtemps ! Ma mère, la mémé, elle pleurait, le pépé gueulait partout qu’il avait des relations et qu’il me ferait mettre en prison. Pépère Guivarch, il disait rien, mais c’est lui qui me faisait le plus peur, il avait un nerf de bœuf à la main, il s’est avancé vers sa fille, alors Ninette elle a crié devant tout le monde « Tu peux taper, si tu veux, mais pas dans le ventre, je suis peut-être enceinte ! » Le vieux, ça lui a coupé la chique, son bras est retombé, moi j’ai cru que j’allais m’évanouir de surprise : on s’était pas touchés. Ma mère s’est remise à pleurer, Paulo s’est mis à rire, le pépé lui a mis une baffe. Heureusement le recteur était là, il a dit « Laissez-les moi, ces deux-là » d’une voix suffisamment forte et colère pour que les autres s’écartent. D’autorité, il nous a conduits au presbytère et là, comme il avait vu qu’on avait faim, il nous a donné de la soupe et du fromage, plus tard dans la nuit, il nous a raccompagné chacun chez ses parents sans la moindre engueulade. N’empêche, trois mois plus tard, il nous mariait, et c’est comme ça, à cause de votre couillon de père qui ne savait plus qu’en Bretagne, il y a des marées basses, c’est comme ça qu’on a jamais vu Perpignan.

Le jour de la noce, c’était pas la fête, les deux familles se faisaient plus ou moins la gueule, l’église était à moitié vide et toutes les femmes lorgnaient le ventre de ma Ninette qu’elle restait plate comme une limande, car je peux vous le jurer, les enfants, votre mère, elle est arrivée intacte au mariage, vierge comme la madone, mais surtout ne le dites à personne, surtout pas à elle. Parce que là-dessus, la Ninette, elle est restée très arriérée... »

A quand cette nouvelle version de notre « Corde sensible » ?
Et où ?
Dans l’attente j’irai jouer
« Le mariage de Figaro » au Rousset (69) le mardi 5 janvier, puis à Cesson-Sévigné (35) le jeudi 14.

Les huissiers les pourchassent ! Le succès les guette !
- Nos amis s’en sortiront-ils ?
- Bien sûr !
- Mais comment ?

Vous le saurez bientôt, en lisant « Les nouvelles de janvier » !
Vous en saurez un peu plus en surfant sur notre site : http://www.theatredelafronde.com.
Vous pourrez également voir notre photo du mois dont la légende commence par ces mots :
« Noël au balcon, forsythia se croit... »

Bonne année !

 
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