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Écrit par Ferdy AJAX   
22-02-2018

"Teruel", par la Cie InterfaceTeruel représente une chronique poignante du charme spirituel de l’amour. Un amour passionnel qui affiche la précarité physiologique de la vie dans sa tendre intimité. Le metteur en scène André Pignat nous emporte au firmament de ce drame affectif tantôt romantique, tantôt tragique. Teruel est une métaphore incarnée du drame allégorique de l’amour et d’une tradition personnifiée.  La mise en scène de Teruel demeure fidèle et authentique au récit de l’œuvre initiale intitulée Rhône Saga.  Cette œuvre tirée de la fabuleuse histoire traditionnelle de la corrida. Rhône Saga est une cascade anaphorique puisée dans la profondeur des arènes. Un récit mythologique commis par le poète écrivain et traducteur suisse Pierre Imhasly (1939 – 2017).  J’espère que l’auteur, de son vivant, a eu l’occasion de voir cette vibrante mise en scène de Teruel, proposée avec virtuosité par la Cie Interface.

Nonobstant, j’ai analysé avec toute la ferveur nécessaire, ces deux tumultueuses représentations de Teruel, à la Martinique, en date 1er et 2 février 18 dernier. J’ai été transportée par toute l’étincelle fantasmagorique qui anime la foudre de cette création scénique, à savoir : le feu, la flamme, les nuages et la fumée. La fumée nous donne l’illusion d’une constellation perpétuelle, dans la fusion du ciel et de la terre. Le sujet relate de l’allégorie des sentiments profonds entre l’homme et l’animal. Fantastique ! 

Magnifique rencontre entre le cinéma et le théâtre qui se sont unis en présence du spectateur, l’espace d’un instant. Le français Jean-Louis Barrault (1910 – 1998) lui qui fut, à la fois, comédien, metteur en scène et un acteur de qualité, déclara un jour, in :

 « Au cinéma, ce qui marche bien, ce sont les scènes de rencontre. Au théâtre, ce sont les scènes de rupture ».

Fin de citation.

C’est une fameuse scène de rupture avec l’image et le théâtre sert d’indice de référence. Loin de la prolifération des images positives ou négatives qu’on assiste dans un cadre cinématographique. L’affect émotif qui fait pleurer en regardant un film, la même scène peut provoquer un sentiment différent voire amusant. En ce qui concerne le spectacle vivant, le comédien supporte librement la rupture, par l’autodérision ou autre point de chute. Quel paradoxe ! 

Cinéma ou théâtre, les deux peuvent être trempés dans la même sauce. Il suffit de faire la part des choses, de bien distinguer les deux méthodes, et savoir ce qu’on souhaite offrir au public. Le cinéma rencontre toujours le théâtre, il faut savoir doser, trouver une harmonie spatiale. On connait l’expression française : « arrête ton cinéma » en d’autres termes : « arrête de jouer la comédie ».

Un arrêt sur image transcende du cinéma au théâtre. Faire du cinéma n’est pas un défaut, chez un metteur en scène de théâtre, cela signifie simplement faire un travail compliqué, tester les limites artistiques, dépasser les barrières. Mais c’est un choix, un parti pris dramaturgique. Le metteur en scène et compositeur de talent André Pignat a sublimé le texte en alliant la stichomythie symphonique des mots avec sa musique. Une musique qui donne le tempo au rythme d’un blason poétique. Quelle beauté !

Les comédiens de Teruel sont des acteurs incarnés qui jouent dans les règles de l’art et dans l’allégorie dramaturgique de leur rôle respectif. Dans son ouvrage intitulé : Le théâtre et son double, le poète dramaturge français Antoine Marie Joseph Paul dit Antonin Artaud (1896- 1948) nous disait ceci, op. cit., in :

 « Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas ».

Fin de citation.

Teruel permet de vivre en direct la cruauté du jeu, un jeu dangereux qui se profile au cœur de l’ivresse de l’amour fatale entre le taureau son danseur ou sa danseuse. Les comédiens partagent leurs nombreuses péripéties. On les voit tomber, on les voit souffrir. Le spectateur est tenu en haleine. Bien joué, car c’est très rare de vivre cette sensation au théâtre.

Le metteur en scène André Pignat a privilégié l’amour, comme le principal dénominateur commun. La dramaturgie de Teruel est illustrée d’un long poème d’amour puisé dans la profondeur mystérieuse de la danse et de la frénésie des arènes. Teruel n’est pas une comédie musicale, cela reste du théâtre à l’état pur, même si on frôle   les limites de plusieurs arts, à la fois. Certes, une vraie création oblige la prise de risques. Teruel implique une complicité intime entre deux êtres dont tout s’oppose. Un théâtre iconologique très riche explorant la technique de l’art total et de la tradition.

Au théâtre, le comédien a cette faculté intime de cacher son sentiment profond par rapport à l’acteur cinéma qui explose, afin de préserver ce qu’on appelle la catharsis. Dans le livret VI et VIII, da la poétique du philosophe Aristote, la catharsis consiste à purifier l’âme du spectateur par la vraisemblance de l’action, dirait-on ? Prenons comme référence : En Attendant Godot.

Cette œuvre étonnante qualifiée de théâtre de l’absurde, écrite par l’écrivain Irlandais Samuel Beckett (1906 – 1989).

Samuel Beckett poète romancier dramaturge et Prix Nobel de Littérature, avait pris un malin plaisir de jouer, avec l’arrêt sur l’image en obligeant la présence excessive des personnages d’une part. L’esthétique d’une mise en scène intégrée dans la dramaturgie telle une didascalie.  Et l’attente prolongée de Godot suivie d’un épiphore coup de théâtre, qui permet une théâtralité, sans précédent.  Sur le plan littéraire, il n’existe aucun point commun entre Teruel et En Attendant Godot. Teruel implique aussi l’omniprésence du taureau et des personnages. En revanche, au niveau dramaturgique, c’est une autre histoire, attendre signifie tourner en rond. Ce qui correspond à la circonférence d’une arène, par exemple. On attend Godot, et le taureau attend l’amour. Le plaisir du spectateur vient de la dérivation, la distance prise avec la culpabilité réelle. Le théâtre doit protéger son spectateur, le rassurer que la douleur ne l’affecte point.

 Ex :

(Si on tombe, même pas mal, dit-on ? On doit donner l’impression de savourer sa chute, dédramatiser le drame,  prendre le temps prolonger l’action, avec des gestuels ou des expressions nonchalantes ou même un simple regard vers son public suffit- une claque est partie, pas de riposte ni de panique comme au cinéma, on apprécie vivement d’être frappé, de souffrir avec joie, sans se comporter en victime, pour le plus grand bonheur du spectateur, le drame rime avec le mot détente, au théâtre, même si on ne cherche pas à provoquer le rire, on doit éviter le choc à tout prix.  Le choc doit être l’expression d’une belle surprise).

 Autant de coups de théâtre et d’absurdités qui ont pour but de détendre l’atmosphère du spectateur du théâtre. Le paradoxe virtuel du théâtre, c’est qu’on passe le temps à dédramatiser la réalité sociale. Par conséquent, le théâtre déshumanise son comédien de son espace réel, même le plus incarné devient inconscient et inactif dans sa légitimité. Tandis que le cinéma reproduit l’acteur dans son confort quotidien.

La dualité des personnages exige un affrontement permanent et violent. Cet affrontement ne doit pas entrainer une rivalité mimique. Le jumelage des personnages reste redondant, dans le spectacle vivant. De préférence, il faut opter pour une unité extrême du jeu, une complicité quelconque.  Cette complicité rythmique qui synchronise la cadence.

Quand on a deux comédiennes qui jouent ensemble le même rôle, il faut éviter de faire de doublon. Chaque danseuse représente une entité différente, à part entière. Cela ne veut pas dire qu’elles ne jouent pas ensemble. Elles peuvent être aussi le miroir indirect de l’autre, parfois. Afin d’obtenir une complémentarité harmonieuse, il vaut mieux les décaler ou les alterner, pour avoir plus de volumes chorégraphiques. (Unité d’action). Soit on applique le principe chœur et coryphée. Soit on choisit l’alternance linéaire : Alpha / Oméga.  On peut se référer à une citation du metteur en scène et l’actuel directeur du célèbre festival d’Avignon, Olivier Py, op. cit., in  :

« Le théâtre n’est pas l’art de l’imitation ni du portrait-robot ».

Fin de citation.

Chaque comédien doit garder son identité scénique et artistique, même s’il porte le même costume. Les danseuses peuvent jouer ensemble sans être obligées d’effectuer les mêmes gestes, au même moment. Les effets de miroir doivent rester éphémères et très ponctuels.

Puisque les danseuses maîtrisent leur art, le comédien a une grande présence scénique. Il faut les laisser respirer après chaque figure, surtout qu’elles utilisent artistiquement les expressions corporelles. Il faut alterner danse et gestuels ou danse et tour de l’espace ou danse et silence. Il faut faire une économiser des images, pour ne pas troubler la vue du spectateur. C’est sans nul doute, ce qu’on appelle :  La théâtralité

A ce sujet, le professeur français Roland Barthes (1915 – 1980), philosophe, critique littéraire, sémiologue et ancien Maître de conférences, au Collège de France nous apporte son point de vue :

« Qu'est-ce que la théâtralité ? C'est le théâtre moins le texte, c'est une épaisseur de signes et de sensations qui s'édifient sur la scène ».

 C’est aussi, le point fort de la danse qui a pour mission de chauffer l’atmosphère. S’agissant de la danse théâtre, il faut doser, afin d’apporter une théâtralité. Tout l’enjeu de la mise en scène serait de moduler les séquences, en prolongeant les prises, en les ralentissant les images, pas de temps pour jouer à la devinette. On joue franc jeu au théâtre, sans faire appel à notre imagination, on vit l’histoire telle qu’elle se déroule dans la cité, comme on dit. Le spectateur a besoin d’être ébloui par le comédien et son mode de jeu aussi. La mise en scène cinématographique consiste à rendre plus intense et plus rapide les figures imposées, en envoyant des flashs. Teruel réunit la puissance, la présence et le pouvoir sur un même plateau.

En effet, la scénographie spatiale de Teruel fusionne avec l’écriture. C’est l’auteur qui désigne le lieu qui n’est autre qu’une arène, dans ce cas précis. Les comédiens doivent donner l’illusion de jouer dans une arène qui constitue un mystère au regard du spectateur non averti. Antoine Vitez (1930 – 1990) disait : « Une mise en scène n’est jamais neutre. Toujours, il s’agit d’un choix. »

 Fin de citation

Antoine Vitez a révolutionné le théâtre français du XXème siècle. Ce metteur en scène s’appuyait particulièrement sur le texte comme matériau de jeu, un support scénique. C’est aussi le mode d’emploi qu’on retrouve dans la mise en scène de Teruel. Cependant, l’enjeu d’une scénographie est de déterminer l’esthétique scénique, à travers un espace visé. La compagnie Interface a créé un style particulier, qui lui est propre. André Pignat est un compositeur de talent et un metteur en scène innovant. Tous les spectateurs avisés peuvent se référer à titre de comparaison dans le répertoire du célèbre Compositeur, pianiste, chef d'orchestre et pédagogue américain, j’ai nommé Louis LAWRENCE connu sous le pseudonyme de Leonard BERNSTEIN. L’arène représente iconographiquement une grosse pomme à la dimension de New-York city.

 André Pignat possède cette liberté créative qui n’est donné à tout le monde. André Pignat n’est pas Leonard Bernstein, cependant leur vision scénographique demeure très innovante et hyper technique. Nicolas Boileau, (Boileau-Despréaux) (1636 – 1711), poète et critique littéraire français, dans L’Art poétique parlait bien de ce lien qui existe entre le théâtre et le temps :

« Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli/ Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ».

 Fin de citation.

Le metteur en scène André Pignat se distingue par sa scénographie virtuelle qui entraine une virtuosité dramaturgique. Une scénographie sous-jacente d’une arène liée à l’interprétation du comédien principal. La scène est circulaire, un espace à l’italienne. En revanche, la scène reste intégrée dans la dramaturgie de l’arène, le lieu commun où se déroule la corrida habituellement. L’arène préconise un espace circulaire et métaphorique du plateau dit à l’italienne. Teruel similise à la scénographie virtuelle de la célèbre comédie   musicale : West Side Story.

André Pignat est sans nul doute, un compositeur de talent et un metteur en scène qui n’a pas peur de prendre de se mouiller la chemise, explorant l’art au-delà des limites. Le théâtre résume notre vie, si l’on croit le philosophe et dramaturge Sénèque, op. cit,. in Lettre LXXVII,  il  considérait :

 « La vie est comme une pièce de théâtre : ce qui compte, ce n'est pas qu'elle dure longtemps, mais qu'elle soit bien jouée ».

 Fin de citation.

 Teruel répond aux critères scénographiques et esthétiques du travail accompli et du théâtre bien joué. La beauté du jeu constitue le point fort de la mise en scène de Teruel. La sensualité qui se manifeste à travers les expressions corporelles et vocales des comédiens, ne laissent personne insensible.

En définitive, on peut en déduire que Teruel reste une pièce de théâtre moderne qui réunit tous les arts sur un même plateau : danse, vidéo, écriture, performance. Le théâtre moderne a de beaux jours devant lui. Néanmoins, il garde les stigmates de certaines personnalités du théâtre telles : Antonin Artaud, Jean-Louis Barrault, Samuel Beckett, Olivier Py, Roland Barthes, Nicolas Boileau, Leonard Bernstein, Sénèque, et j’en passe. Ces gens-là ont laissé leur emprunte, de manière magistrale, sur la scène du spectacle vivant.

Certes, l’avenir du spectacle vivant appartient désormais, à la nouvelle génération des metteurs en scène comme André Pignat qui continuera à repenser la scène du futur, avec les outils de notre temps. La qualité et la beauté du jeu de Teruel sont sans commune mesure, un chef-d’œuvre artistique. La mise en scène de Teruel est un feu d’artifice vivant qui enflamme le spectateur. Le résultat est là, on sent la rigueur d’un travail acharné. Teruel constitue un joyau d’identité théâtrale. En vous souhaitant une saga théâtrale extraordinaire, avec d’avantage de succès. Théâtralement vôtre !

Ferdy Ajax, poète dramaturge et critique dramatique,

Paris, le 16 février 2018

 
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