"Calek", par Charles Berling
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
18-02-2015
"Calek", par Charles BerlingAu Chêne Noir, un moment d'une profonde tristesse, mais si bien servi. Charles Berling proposait une lecture de Calek

Dans l'obscurité monte sa voix, posée, claire, douce, la souffrance d'un homme. Il lit le récit de Calek Perechodnik, ce juif polonais qui s'était installé au sud de Varsovie. La guerre a éclaté, une fille est née, il a pensé pouvoir aider sa famille en entrant dans la police du ghetto, il a cru ce qu'on lui a dit mais toute sa famille mourra, et lui perdra la vie en 1944 dans le bunker où il s'était réfugié, brûlé vif.

Il écrivait ce qu'il vivait , non pas pour en faire une œuvre littéraire, mais pour en faire un témoignage. Le 7 mai 1943, il décide d'écrire, « Suis-je un meurtrier ? »


Pour témoigner et qu'on en garde le souvenir. Il relate l'histoire de son auteur du début de la guerre à l'insurrection de Varsovie en 1944. Il montre que les Juifs de Varsovie prennent peu à peu conscience de ce qu'il advient d'eux dans les camps. Calek Perechodnik témoigne aussi de l'antisémitisme de la population polonaise non-juive dont certains éléments se tournent contre les juifs et aident avec une grande cruauté la Gestapo.

La volonté de témoigner s’accompagne du souci de conserver son manuscrit. Il veut perpétuer la mémoire de sa femme et de sa fille qu’il a lui-même conduites sur le lieu de rassemblement en vue de la déportation pensant qu’elles auraient la vie sauve. Il dit : " je n’ai plus d’enfant, c’est mon enfant de papier qui remplace mon enfant de chair. " 

Il parviendra cependant à donner son manuscrit et à le sauver.

Charles Berling a connaissance de ce récit, met plusieurs jours à le lire tant la lecture est douloureuse, mais il en ressort avec une conviction, il faut faire connaitre ce récit, notamment à notre époque traversée par tant de racisme et d'antisémitisme..

La scène est noire, peu à peu elle s'éclaire lentement , trois ampoules, puis peu à peu il apparait lisant d'une voix chargée de douleur.
Sur la scène un tracé rond ; sorte d'arène où l'homme est enfermé, les feuillets tombent au fur et à mesure, le temps s'écoule, la vie disparaît peu à peu, l'homme essaie de survivre de chercher une voie, sans succès, c'est l'inéluctable qui est en branle, la mort qui s'avance et avale les individus les uns après les autres, seuls les écrits peuvent rester.

Une pièce difficile, dure, poignante, une lecture qui nous plonge dans la douleur d'une époque que l'on croyait révolue et pourtant les derniers événement en Europe nous indiquent que rien n'est fini, tout peut reprendre, les démons rodent, les monstres sont toujours là, tout ressurgit ici et là.
Les hommes ont la mémoire courte.