"Dreck", de Robert Schneider
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
23-02-2015

"Dreck", de Robert Schneider« Le Chêne Noir » clôture son cycle Charles Berling avec Dreck

Une mise en exergue d'un racisme bien ordinaire

Sur une scène baignée dans l'obscurité, un homme se raconte... allume quelques bougies, seuls points lumineux qui le baignent dans un clair obscur angoissant. Bruits de rue, de machines, de gouttes d'eau qui tombent sans répit.

Sad est immigré, il a choisi un pays d'adoption en Europe et vit en vendant des roses dans la rue la nuit, prenant garde à tout à cause de sa situation irrégulière.

Dans cette condition au-dessous du supportable, dans ce taudis sombre et sale avec une unique chaise pour territoire et un amas de tissus pour lit il essaie d'être heureux dans un climat de défiance et de haine voilée.

Dreck, qui signifie, saleté, excrément, c’est une nuit avec Sad. Il parle du  regard des autres,  de leur différence de peau. Peu à peu, au fil de son récit, il s’enflamme, s'emporte par la bouche de ceux qui le jugent et ses propos sont ceux de ceux là même qui le rejettent.

L'auteur, Robert Schneider, un autrichien, nous entraîne loin de la simple victimisation, vers des endroits obscurs de l’esprit où se loge la mauvaise conscience collective… C’est  terriblement actuel.

C'est un texte cru, poignant,  qui prend toute son horrible dimension dans ce décor minimaliste, auréolé de ces  grondements industriels, de ces bruits de monstres cachés. Le comédien, Alain Fromager, totalement habité par son personnage nous incarne un individu plus vrai que nature. Déchirement... image d'une souffrance vécue, d'un univers qui n'est pas loin de nous et que nous ne voyons pas bien souvent.

Charles Berling a su par sa mise en scène découpée au scalpel exploiter sobrement tous les éléments dont il disposait pour en faire une œuvre d'une grande puissance évocatrice.