« On a vendu le pont d'Avignon ! », d'Eric Carrière
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
14-12-2015

jusqu'au samedi 13 février 2016 au Paris

d'Eric Carrière
mise en scène Roger Louret
avec Sandra Jouet, Laurent Pit, Bérénice Maugat

« On a vendu le pont d'Avignon ! », d'Eric Carrière - Lou Production
E. Carrière, B. Maugat, S. Jouet, F. Ginibre, L. Pit, R. Louret
« On a vendu le pont d'Avignon ! » …..chiche.....

Quand Eric Carrière (un des Chevaliers du fiel) pose son regard sur Avignon.

Le propos est énorme, tellement énorme qu'on se demande jusqu'où l'auteur va aller, où nous allons devoir le suivre. Les chevaliers du Fiel c'est quand même du lourd, ils n'y vont pas par quatre chemins en général.

Là Eric Carrière  met en scène deux bobos parisiens qui déménagent en Avignon pour y concrétiser un projet pour le moins irréel. Ils sont donc en quête d'un appartement et rencontrent Barbara, un agent immobilier, une Avignonnaise sortie du moule, attention d'un vrai moule brut de décoffrage !

Dès le début de la pièce on est emporté par un souffle hilarant. L'auteur a su mettre en avant les travers, les tics, les fonctionnements du microcosme avignonnais. Tout y passe et chacun reconnait son voisin à défaut de se reconnaître, c'est d'ailleurs plus marrant comme cela... C'est donc un énorme éclat de rire orchestré par une Sandra Jouet dont le tonus est dévastateur : c'est un petit bout de femme, mais bougrement dopée aux pilules hivernales - elle prendra pas froid !

Elle a pris l'accent, l'allure... on y croit même si parfois ça dérape un peu dans le récit. Elle est époustouflante. Une vraie Attila au féminin, elle rase gratis à la chaîne.

Le jeune couple branché joué par Bérénice Maugat en sculptrice sans succès mais au discours très professionnel et pointu comme son accent est accompagnée par son mari Laurent Pit le chargé de mission collé à ses i-phone, qui en oublie sa jeune compagne, pour être tout à sa mission. Cependant ils vont suivre tant bien que mal - et conscient que là est leur salut - cet agent immobilier déjanté mais si provençal qu'on lui passe tout.

Car en sus de ses prérogatives professionnelles, de la quête d'appartement qui passe rapidement au deuxième plan,  elle va les former à la vie en Provence, mieux à la vie en ou à Avignon. Et là il y a du travail, va falloir gommer dur. Retenez bien les conseils pour se garer à Avignon....

C'est jeune, enlevé, et surtout très bien observé. Ça décape un max, on rit de bon cœur. La salle était archicomble, un public de tout âge qui a défoncé les murs du  théâtre de la puissance de ses rires aux éclats.

En cette période de morosité, de risque d'attentats, de fête de noël sous pression,  cette pièce était la bien venue. Une belle démonstration du rôle que le Paris peut jouer dans l'espace théâtral avignonnais. Une bouffée de chaleur.

Cette pièce va se jouer encore jusqu'en fin janvier au Théâtre le Paris, courrez-y mais réservez !