Et mon mal est délicieux
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
21-10-2016

Et mon mal est délicieux

Une belle adaptation du livre de Michel Quint par Laurence Werlé

Dans la cour de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon un jeune auteur en résidence interprété par Adrien James, cueille une pousse de jasmin, arrive un monsieur âgé appuyé sur sa canne, la vue de ce geste lui remet en mémoire son passé. Il va raconter sa vie, son amour pour une belle immigrée venue d'Espagne, Luz.

C'est l'histoire entre Max le fils du juge juif dont les parents seront arrêtés pendant la guerre lors d'une rafle et Luz. Il sera sauvé par la tante de Luz qui va le cacher et l'héberger. Se mêlent les souvenirs d'une époque, celle de la guerre et de  l'après guerre,  du théâtre et des acteurs sur le fond de cette histoire d'amour.

C'est aussi l'évocation de grands personnages de la scène au milieu de cet amour impossible entre deux êtres, lui le fils de bourgeois et elle la fille vivant dans la misère. Mais Luz est subjuguée par « le Cid » . Un jour elle a aperçu Gérard, ils se sont donné la réplique. Elle ne vit que pour vivre l'amour de Rodrigue et de Chimène. Gérard lui a promis de revenir jouer la pièce. Enfin un soir lors d'une représentation elle pourra de son fauteuil roulant en 1951 enfin dire le rôle de Chimène quand Gérard Philippe interprètera le Cid  dans la cour d'honneur en Avignon.

Elle est malheureusement atteinte  d'une maladie dégénérative et son corps se paralyse, Max va s'occuper d'elle sans cesse, par amour il va consacrer sa vie à cette femme qui se meurt dans une quête impossible. Il va lui faire croire qu'il est devenu comédien et qu'il rencontre Gérard Philippe.

Michel le Royer incarne ce monsieur avec un brio remarquable, lui l'ancien jeune premier qui jouait  les personnages de cape et d'épée, parcourant les scènes avec une vivacité admirable, lui le Chevalier rouge de la série télévisuelle, l'ancien sociétaire de la comédie française, le général La Fayette, il est devenu un monsieur posé au geste lent mais dont la voix porte en elle une beauté remarquable, des tonalités qui nous émerveillent.

Quel bel homme, quelle grâce.

Gérard Ventagioli assure une mise en scène très sobre,  laissant au comédien toute la place, mais ajoutant une petite scène filmée où une belle jeune fille se promène dans les rues de la Chartreuse.

Une pièce très attachante avec un Michel le Royer au mieux de sa forme.

Et mon mal est délicieux
The Decay Show - Louis Thomann