« J'ai soif » présenté par Serge Barbuccia
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
21-10-2016

« J'ai soif » présenté par Serge Barbuccia.

Un très beau spectacle pour une si horrible histoire.

Sur un plateau, d'immenses feuilles blanches se courent après, tant au sol que sur les murs. Elles cherchent à échapper à on ne sait qui et on ne sait quoi, posant  déjà le questionnement du récit. Un piano est placé dans le fond et un homme est en marche. D'une démarche très lente, celle d'un homme épuisé. Les pages s'éclairent, les notes s’égrènent et l'homme parle. Récit d'un Juif,  Primo Levi, qui revient des camps de la mort, il a vécu et survécu à l’innommable.

À partir du texte de Primo Levi « Si c'est un homme » et de l'oratorio  «Les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix » commandé à  Joseph Haydn pour la semaine sainte, Serge Barbuccia a créé un spectacle d'une intensité remarquable, dans la sobriété et la pureté. Rencontre insolite de deux univers si proches.

Paroles d'un homme qui a subi l'impensable, qui a été traité comme inexistant, qui a survécu au pire, qui a du faire comme si cela n'avait pas existé. Il a vécu une mort lente, une tentative d'effacement physique inimaginable, l'humiliation morale, le déni de l'être, le retour au néant.

Dans cette pièce tout est malheureusement beau, d'une beauté déchirante, qui nous pousse au fond de nous même, qui arrache nos larmes.

Sylvie Kajman a illustré cette pièce d'acryliques où des personnages aux regards perdus nous plongent dans un univers que l'on aurait tant aimé qu'il n'exista pas.

Les notes interprétées par Roland Conil apportent un dédoublement de récit, une fuite parfois, une échappatoire aussi, une respiration salutaire.

Serge Barbuccia est sobre, là, juste comme il faut , tout en retenue, en émotion à la lisière des larmes .

Une pièce bouleversante montée et interprétée avec justesse.

« J'ai soif » présenté par Serge Barbuccia
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