"Un Démocrate", de Julie Timmerman
Écrit par Claude KRAIF   
10-07-2017
"Un Démocrate",  de Julie Timmerman

LE CHAPEAU d’EBENE THEATRE

Du 7 au 30 juillet à 18h50 (relâche les 12, 19 et 26 juillet)

Texte et mise en scène / Julie Timmerman

Avec : Anne Cantineau, Mathieu Desfemmes, Julie Timmerman, Jean-Baptiste Verquin

C’est l’histoire de Edward Bernays, inventeur de techniques de manipulation, dans ce 20ème siècle tourné vers la production de masse et la consommation. Son génie, c’est d’avoir compris qu’il est encore plus efficace d’obtenir le consentement  d’individus libres en même temps qu’ils sont conditionnés avec des idées « prêt-à-porter », fabriquées par des autorités prétendument savantes.  L’individu, convaincu d’être libre, devient l’instrument de cette autorité pertinente et avisée. Il suffit de mettre en place une propagande pour obtenir le consentement du plus grand nombre. C’est l’avènement de « Monsieur tout le monde » d’autant plus conforté dans ses choix qu’il est majoritaire comme le coton dans les chaussettes. Le viatique c’est la liberté  et cette valeur est la base vertueuse de tout le système qui fait de chacun un être libre en même temps qu’il est aliéné.

Julie Timmerman exploite au maximum le caractère à la fois grotesque et cynique du propos. Le citoyen, consommateur, abonné,  est comme une caricature mais c’est le système mis en place qui est caricatural. Nous rions donc à voir défiler l’histoire du 20ème siècle qui se continue encore et qui semble faite pour durer jusqu'à l’extinction de toutes les ressources de la planète. Nous rions parce que finalement le personnage de Bernays est sympathique et ses idées sont bien intentionnées, et puis les chansons de Marlène Diétrich et tant de belles inventions !  Mais Bernay est-il aussi responsable des guerres et des catastrophes, lui qui rêvait d’abondance pour chacun ?

Les quatre comédiens illustrent  avec talent tout ce qui rend ce siècle nostalgique avec son bonheur programmé.  Ils sont interchangeables avec leur image d’Amérique et de comédie musicale. Ils jouent 20 personnages. Ils sont « les gens ». Ils changent de costume comme pour échapper à la pensée convenue et apprendre à penser autrement.

Il y a beaucoup de mouvement sur la scène, de précipitation, mais la chaîne ne doit pas s’interrompre. Tous les évènements du passé sont inscrits sur un grand tableau noir et le présent cherche une place de libre.