"J'appelle mes frères", de Jonas Hassen Khemiri
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
11-12-2017

"J'appelle mes frères", de Jonas Hassen Khemiriau Théâtre des Doms, le vendedi 8 décembre 2017

et à la Comédie de Béthune, le 17 janvier 2018

Un récit d'une cruelle actualité.

Amor, jeune homme totalement intégré dans la société mais issu de l'immigration, marche dans la ville le jour où une voiture piégée vient d'exploser. C'est sûrement la raison qui va le pousser à douter de son environnement, à l'amener à déraisonner, à perdre ses repères, à mélanger tout dans sa tête. Il a alors peur. Une peur viscérale, incontrôlable.

L'auteur Jonas Hassem Khemiri, a publié une tribune en 2010 à Stokholm dans un grand quotidien suite aux attentats et l'a transformée en pièce de théâtre. Elle sera montée par le Théâtre National de Malmo en 2013.

La pièce actuelle présentée est en gestation encore et nous avons eu la chance d'assister à la première mise en présence entre le public et la compagnie. Si  bien sûr tout cela n'était que trames, puisqu'il n'y avait ni décor ni costumes, uniquement les acteurs et leur texte dans une première mise en  espace. Mais justement il y avait toute la substance de l'œuvre. Au centre du dispositif un comédien déjà remarqué au festival d'Avignon, Slimane Yefsah, incarnant on ne peut mieux le personnage dans un jeu simple mais si juste. Quand Slimane parle, s'adresse au public, on est touché, on vibre avec lui , on s'installe dans sa peur, tellement il est un fabuleux comédien.

La mise en scène de Noémie Rosemblatt repose sur une grande « humanité » et véracité pour que tout le texte nous soit donné avec justesse pour qu'il puisse nous transpercer.

Autour du personnage central trois autres comédiens, deux femmes et un homme se partagent la foule de personnages avec beaucoup de bonheur... et puis il y a aussi une dizaine de  comédiens amateurs qui seront là dans chaque ville pour jouer un chœur, pour recréer la société. Projet courageux, ambitieux mais dont on ne doute pas du futur succès.

Nous étions donc dans les prémices, sans la musique, sans le décor, sans  le chœur, juste en partie, les mots... mais quelle puissance, quel choc aussi… c'est si vrai et si touchant.

On se réjouit du choix d'Alain Cofino Gomez le directeur du théâtre des Doms.

Cette pièce est produite par 4 théâtres (le Théâtre de la Cité de Marseille, le Théâtre Jean Vilar de Vitry, le Théâtre des Doms à Avignon et le Théâtre de l'Ancre à Charleroi)  dans le cadre du dispositif « le réel enjeu »  (c'est-à-dire qui puise son sujet dans le réel). Elle va être présentée dans quelques mois aux quatre coins de la France, on espère vivement la voir sur Avignon.

"J'appelle mes frères", de Jonas Hassen Khemiri

Traduction Marianne Ségol-Samoy

Édité aux Éditions Théâtrales

Avec Priscilla Bescond, Kenza Lagnaoui, Maxime Le Gall, Slimane Yefsah

Mis en scène par Noémie Rosenblatt

Scénographie - Angéline Croissant Création lumière - Claire Gondrexon Création sonore - Marc Bretonnière

Création costumes - Camille Pénager