"Bérénice", de Jean Racine
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
09-07-2018

"Bérénice", de Jean RacineThéâtre du Balcon à 14h
du 6 au 28 juillet 2018 (relâche les 10, 17, 24)

Bérénice... mon empire, mon amour.

Quand la raison d'État passe avant l'amour

Quelle tragédie !!!! La reine de Palestine, Bérénice, l'empereur de Rome, Titus, et le roi de Commagène, Antiochus, liés à leur amour et face à cela la raison d'état... gouverner. Mais l'empereur malgré tous ses pouvoirs ne peut épouser celle qu'il aime.

Elle, Bérénice, est amoureuse de Titus elle est venue jusqu'à Rome par amour et se voit écarter du trône par un Titus un peu faible. De son côté Antiochus follement épris de Bérénice se tait en silence... et laisse la place.

Dans le palais traversé par les vents, aux voiles si proches des voilures des bateaux qui vont emporter les protagonistes se trame une issue tant redoutée. On est toujours en plein symboles, car ces voiles vont les emporter dans le vent c'est à dire dans le sens des volontés des corps constitués. La scène est nue, seuls les sentiments dominent l'espace mais aussi domine la force de Bérénice qui va sans ciller où sa raison la pousse. Elle accepte d'être répudiée avant l'heure, elle va partir sans se réfugier dans les bras d'Antiochus, chacun va aller de son côté... dans sa peine et rester en vie c'est sa volonté.

Frédéric Fage a mis en scène une Bérénice forte, très forte face à un Titus fragile car il met de côté ses sentiments, il se range du côté des édiles de Rome.. Très belle interprétation d'Estelle Roedrer qui donne une dimension magistrale à Bérénice, quelle grâce, quelle force de caractère. Titus face à elle est comme un petit garçon qui écoute bien les leçons et les applique. Il tient de toute façon plus à son trône qu'à son amour....c'est un choix évident pour lui.

Et Antiochus... une interprétation ciselée, taillée au scalpel de Paul Parsat. dont la voix magnifique résonne si bien dans les couloirs du palais.

La mise en scène de Frédéric Fage plonge la pièce dans une sobriété remarquable qui laisse la place aux sentiments, aux seuls sentiments au milieu de ces immenses voilages/ voilures . On a tout au long de la pièce l'impression que les personnages, d'une froideur remarquable, vont partir en bateau, que ceux ci à quai attendent des vents favorables.

Il a tracé des portraits de héros presque mythologiques, qui tel des dieux dominent leurs sentiments face à la raison d'état, acceptant leur destin sans une larme, soumis. Ce qui compte dans ce palais balayé par les vents semblable au pont d'un navire, c'est l'empire et un empire peut vaciller comme un navire... Il fallait aussi des comédiens d’exception pour porter avec tant de force cette œuvre aux vers admirables et en faire un si belle beauté théâtrale.

mise en scène et scénographie de Frédéric Fage

avec Estelle Roedrer, Paul Parsat, Benjamin Lhommas, Hugo Miard, Amandine Rousseau