"Musica deuxième (La)", de Marguerite Duras, Guillemette Laurent
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
09-07-2018

"Musica deuxième (La)", de Marguerite Duras, Guillemette LaurentDu 6 au 26 juillet 2018 (relâches les 11 et 18)

à 10h30 au Théâtre des Doms - 1 rue des escaliers Sainte Anne, 84000 Avignon

Un texte de Marguerite Duras plein d'humour et de rebondissements au Théâtre des Doms

« La Musica deuxième » comme une partition de musique que l'on décrypte sous nos yeux, comme un duel à fleurets mouchetés qui se déroule à deux pas, comme une ultime discussion entre deux ex amants qui cherchent encore ce qui les a unis.

Ils viennent de divorcer, ils ont la nuit devant eux pour comprendre leur situation dans le hall de cet hôtel où ils ont passé bien des nuits dans le passé. Ils s'aimaient mais que reste-t-il de cet amour ?

On prend plaisir dès le début de la pièce à la citation des didascalies entremêlées au texte. Ce faisant, les acteurs s'adressent au public lui donnant une plus grande place, le faisant presque participer, nous nous trouvons alors au centre de leur conflit, dans l'intime de leur vie. Selon les moments ils se vouvoient ou se tutoient comme s'ils n'arrivaient pas à trouver la liaison entre eux, l'accroche, le mode de discours...

Du début à la fin, de la pièce ils se donnent des airs de martyrs tels des tragédiens antiques, leurs mots les font patauger dans la boue des relations perdues.

A force de ressasser ce passé fait de reproches et de jalousies qui leur viennent en tête et ne les fait plus avancer on a le sentiment que rien n'évolue. Il faut admettre cependant que lorsqu'une une relation s’effondre il nous est impossible alors de vivre ensemble et tout autant impossible de se séparer.

On en est au stade où tout pourrait se réparer mais aussi où tout devient un magnifique ratage.

Ici le constat est double : impossible de vivre ensemble et impossible de couper le cordon. On est tous des inachevés, dans nos relations amoureuses, des éternels recommencements, situation très durassienne s'il en est.

Dans une mise en scène de Guillemette Laurent très serrée, une scénographie très structurée de Christine Grégoire, les comédiens Catherine Salée et Yoann Blanc déploient leur jeu avec finesse. Nous interpellant presque, nous liant à eux.

Une pièce déjà portée par des grands noms du théâtre prend ici toute sa force et nous ravit. Un très beau moment de théâtre dans le lieu magique du Théâtre des Doms.

mise en scène de Guillemette Laurent

avec Catherine Salée et Yoann Blanc

scénographie Christine Grégoire

lumière Julie Petit Etienne