"Sang négrier", de Laurent Gaudé
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
23-07-2018

"Sang négrier", de Laurent GaudéThéâtre Al Andalus à 13h15 du 6 au 29 juillet 2018 (relâche les lundis)

Sang négrier, la chute dans la folie d'un capitaine de navire négrier

une magnifique performance d'acteur.

Accoste à St Malo un bateau négrier les cales pleines pour y déposer avant de poursuivre sa route les restes du capitaine. Profitant du désordre cinq captifs s'évadent et descendent à terre. Quand il l'apprend, le second ordonne une chasse pour les récupérer, mais il va être devancé par les autorités de la ville qui organisent la traque. Une battue sans merci, les fugitifs sont repris et exécutés par une foule en délire. Un ne sera pas repris, il va déposer chaque jour un doigt sur la porte d'une autorité. Cette situation va faire sombrer cet homme dans la folie, et il raconte sa chute.

Bruno Bernardin incarne ce personnage avec une force, une justesse qui laisse pantois.

Il faut reconnaître que le texte est magnifique, mais aussi que tout dans cette pièce est mené avec une précision, une beauté remarquable.

Le décor, deux carcasses de bois qui représentent ces bateaux chargés d'esclaves mais en rajoutant un aspect décrépitude... Cette époque est révolue en tout cas dans cette forme, mais on n'en est guère loin cependant quand on voit les passeurs en Méditerranée actuellement.

Le costume du marin, longue silhouette blanche faite d'un enchevêtrement de chemises et gilets qui lui permettent en un rien de temps de changer de personnage et d'allure.

Enfin la mise ne scène de Khadija El Mahdi est précise, virevoltante, pas un temps mort... du travail d'orfèvre. J'avais vu son spectacle Mama Khan en Suisse et j'avais adoré (elle le joue cette année au festival)... Sa pièce est montée comme des spectacles vus en Amérique latine où on fait la mise en scène avec rien, trois bouts de bois et la magie opère. C'est aussi comme le théâtre de Peter Brook. Elle se situe exactement dans ces références.

Bruno bernardin nous saisit des les premiers mots et ne nous lâche pas, il est étonnant, habité, totalement investi... Il est seul en scène mais on y voit des centaines de personnages, il nous entraîne et on lui colle aux baskets jusqu'au bout. Il finit épuisé, encore dans la peau de son personnage... quelle interprétation !!!!

C'est assurément mon plus beau spectacle de cette année. Il y a tellement de finesse, d'inventivité, de profondeur... c'est à voir absolument.

de Laurent Gaudé

mise en scène Khadija El Mahdi

avec Bruno Bernardin

créateur de masque Etienne Champion

scénographie Stefano Perocco di Meduna et Remi cassan

costume Joëlle Loucif