Démission du directeur du LMP
Écrit par Webmaster   
26-01-2012

Culture descendante

A travers la liquidation du Lavoir Moderne Parisien et de tous les lieux artistiques de création et de convivialité, issus de la société civile, nous vivons actuellement un exemple spectaculaire et dramatique de contre productivité : la culture s'appauvrit et perd sa liberté créatrice, l’administration gaspille ses ressources et la société affaiblit sa capacité à se projeter dans l’avenir.


Or, la scène artistique indépendante et ses acteurs engagés nourrissent tous les secteurs culturels. Sans ce formidable laboratoire artisanal, on ne peut pas concevoir l’adaptation nécessaire de l’humain face aux défis de civilisation.
Et aucune richesse ne se construit sans cette base essentielle.

La culture montante est la base de la démocratie : c’est là où le citoyen puise dans ses identités, son vécu, et son imaginaire pour former une conscience sociale.

Avec la crise, nous sommes rentrés dans un processus de faillite, transformatrice de société, avec l’espoir d’accéder à un mieux vivre à l’échelle collective. Cet espoir se fabrique dans les quartiers populaires avec leurs capacités d’adaptation, leurs multiples liens avec les cultures vivantes et leurs processus d’intégration.
La culture montante naît de l’expérience collective et de sa force à dégager une émotion, dans la plus large liberté d’expression, que ce soit sur scène ou ailleurs.

Dans les lieux de vie, on développe des formes de sociabilité ou l’individu retrouve confiance dans le lien social. C’est sur cette base que se reconstruit la société avec l’échange culturel comme enjeu.

Précurseur, en portant la création et l’échange avec engagement à la goutte d’or, le Lavoir Moderne Parisien nourri la démocratie depuis 25 ans.

Nous comprenons que certains veuillent investir ce formidable territoire démocratique de création, mais entre l’accompagnement bien-vaillant, et le contrôle de l’espace idéologique, il y a une dérive politique à combattre.

A renfort de millions, l’administration remplace cette culture montante et gâche ainsi l’expression vitale de la démocratie culturelle.

Cette instrumentalisation de la culture dans les quartiers populaires passe par l’affaiblissement des structures indépendantes, la censure des artistes et la fermeture des lieux d’expression.

Nous sommes passés de l’individu universel avec une volonté d’état motivée par l’intérêt général, à un citoyen profilé suivant un calendrier électoral.

Les nouveaux espaces sont formatés, les grilles de programmation échantillonnent les publics, la gratuité fait confusion avec la liberté d’accès, les artistes sont sélectionnés par le politiquement correct, l’hypercommunication monopolise la visibilité.

A contrario, Le Lavoir Moderne Parisien, avec ses 25 ans d’expérience, propose 200 représentations par an et 15 créations originales de théâtre, 240 concerts, 4 festivals thématiques à sociabilité multiple, et coûte 40 000 euro en subvention de fonctionnement annuelle à la Ville de Paris, soit 80 euro par spectacle.

La Mairie de Paris met en accusation la gestion du Lavoir Moderne Parisien en se référant à un audit partial et incomplet, menace les artistes et les compagnies, gèle les subventions, et décide d'ouvrir un nouveau centre culturel de 950 m2 avec bar et restaurant à coté du Lavoir Moderne Parisien, et cela, sans aucune concertation publique.

Et ce que ne dit pas l’audit de la Mairie de Paris, c’est qu’avec 80 000 euro de subvention de fonctionnement et 140 000 euro d’investissement pour la mise aux normes, le Lavoir Moderne Parisien est sauvé de la liquidation.

Etranglé par l’augmentation des charges, la concurrence institutionnelle, la baisse des subventions, les investissements obligatoires, le Lavoir Moderne Parisien et sa salle de concerts l’Olympic-café ont été mis en redressement judiciaire et en liquidation.

Cette destruction symbolique, crée de l’injustice sociale et engendre une certaine violence.
(Pour caricaturer, il suffit de compter le nombre d’agents de sécurité dans les nouveaux lieux culturels pour comprendre combien ces lieux sont décalés de leur environnement.)
J'ai toujours estimé que la valeur de l’action artistique repose sur la relation humaine et sa capacité à faire évoluer librement la cité.
La Goutte d’Or est un laboratoire d’intégration. Mais dans un quartier multiculturel, nous sommes confrontés à de multiples curseurs, et la résistance s’exprime. L’expression artistique trouve sa force dans cette complexité, invisible par l’institution.

Après des mois de lutte, pour une reconnaissance du travail accompli, pour maintenir le Lavoir Moderne Parisien en état de proposition artistique, et dans l’espoir de voir naître des solutions durables, j'ai décidé de céder la direction du théâtre.

Paris, le 16 janvier 2012
Hervé Breuil, fondateur du Lavoir Moderne Parisien

Vous pouvez signer la pétition IL FAUT SAUVER LE LAVOIR MODERNE PARISIEN en ligne

www.rueleon.net

et participer au comité de soutien tous les vendredis a 18h au LMP