"Exclusion selon Badoudi (L')", de et avec Mouloud Belaïdi
Écrit par Jean-Michel GAUTIER   
16-02-2015

"Exclusion selon Badoudi (L')", de et avec Mouloud BelaïdiLe Théâtre du Sablier reçoit la compagnie «  le fils du muet » pour « L'exclusion selon Badoudi »

Quel coup de fraîcheur dans cette Orange endormie !

Cela fait plus de dix ans qu'il se met en scène épaulé par son épouse, Corinne Levesque, racontant les histoires de cet immigré qui cherche à comprendre le monde dans lequel il vit depuis que ses parents kabyles ont quitté Blida en Algérie pour adopter la France.

C'est la première fois qu'il vient à Orange et on s'en réjouit, c'est si curieux, inhabituel, et pourtant nécessaire.

Les Belaïdi une famille de comédiens à présent : le père, la mère et la consécration de leur fille récompensée par  le Molière …

Mais lui le géniteur,construit peu à peu son itinéraire et le remplit de personnages autour de celui de Monsieur Baboudi, cet immigré qui essaie de trouver sa place dans ce monde ,qui sous ses airs d’accueil  le repousse un peu. Son arrivée dans la cité après le bidonville  est une pure merveille, la description du hall d'entrée, l’ascenseur, la comparaison avec les tombes des pharaons est sublime...

L'auteur et comédien de la pièce c'est Mouloud Belaïdi, qui a débarqué avec ses douze frères et sœurs dans les quartiers des exclus et tenté d'y vivre et d'y travailler comme animateur social. Expérience dont il s'est nourri pour nous donner ensuite toute la profondeur de la détresse humaine qui habite les gens qui sont parqués là.

Pas de pleurnicherie, pas de cela, beaucoup d'humour , de dérision, de décalage, de sobriété.

On suit son personnage au gré de ses aventures : son rôle dans l'association d'insertion « ta main dans ma main mon copain », sa rencontre avec les autres du monde d'à côté ;  la sous préfète, la présidente de l'association, le curé qu'il appelle mon cousin car un père il en a déjà un... sa vision de la Bible, de  Dieu et ses démêlées avec Adam et Eve qui ont pris un autre nom au passage car il n'a pas bien entendu ce qu'on lui a raconté....

De tout cela ressortent des rires, des sourires et presque des larmes car c'est dramatique le sort de ces gens dont il parle. Et lui, l'auteur, le personnage, il prend du recul, porte un regard aigu, acéré mais nous fait grâce du pathétique, il taille dans la masse, il ouvre la chair et nous la fait voir en technicolor. Une vision si proche de Charlie Hebdo avec des répliques qui semblent être écrites pour l'occasion, et pourtant elles ont déjà plus de dix ans, elles collent encore hélas, si bien au présent.....

Il appartient à cette sorte de gens qui comme Charlie Chaplin , avant lui, ont trouvé un style, une allure, un costume et arrive à peindre la société avec finesse oscillant entre le rire et les larmes intérieures, du grand art...

S'il passe près de chez vous courez y. Il sera la semaine prochaine au Théâtre du Sablier à Orange pour deux représentations d'une autre pièce « déviation » sur les gitans dont il a partagé le sort il y a plusieurs années. A ne pas manquer...